Alphabétisation en langue maternelle dans la Région du Guéra

Profil de pays: Tchad

Population

12 825 000 (2013)

Langue officielle

Français, arabe

Autres langues parlées

130 langues locales dont l’arabe tchadien, le baguirmi, le dazaga, le kanembou, le maba, le ngambay, le sango, le sara

Taux net d’admission dans l’enseignement primaire

79,27 %

Taux d’alphabétisme total des jeunes (15 – 24 ans, 2015, estimation ISU)

Femmes : 50,17 %
Hommes : 55,30 %
Deux sexes : 52,75 %

Taux d’alphabétisme des adultes (15+ ans, 2015, estimation ISU)

Femmes : 31,92 %
Hommes : 48,49 %
Deux sexes : 40,17 %

Sources statistiques

Présentation générale du programme

Titre du programmeAlphabétisation en langue maternelle dans la région du Guéra
Organisation chargée de la mise en œuvreFédération des associations de promotion des langues du Guéra (FAPLG)
Langues d’enseignementLangues officielles et 15 langues locales
Partenaires de financementONG internationales et bailleurs étrangers, dont l'État tchadien, le Programme alimentaire mondial (PAM), SIL International, Wycliffe États-Unis, Wycliffe Suède, Wycliffe Allemagne, Wycliffe Grande-Bretagne. Les communautés aussi autofinancent le programme sous forme de cotisations.
PartenairesMinistère de l'Éducation de base et de l'alphabétisation, Société de linguistique, Gouvernement du Tchad, PAM, SIL International, Wycliffe États-Unis, Wycliffe Suède, Wycliffe Allemagne, Wycliffe Grande-Bretagne
Coûts annuels du programme102 474 780 FCFA (211.436 dollars)
Coût annuel par apprenant : 13 970 FCFA (29 dollars)
Date de création2001

Historique et contexte

Pays en développement, le Tchad se classe 184ème sur 187 selon le Rapport sur le développement humain 2013 (PNUD, 2013). Avec un taux total d’alphabétisme des adultes de 34 % (UIS, 2013), il compte plus de 4 millions d’adultes non alphabétisés.

Pour combler ce déficit, le Tchad a mis sur pied trois départements techniques : la Direction de l’alphabétisation (DIAL), la Direction de la promotion des langues nationales (DPLN) et la Direction de l’éducation non formelle (DENF). Chacune de ces directions est représentée au niveau local par des inspecteurs et des superviseurs de l’alphabétisation.

Située dans la partie sahélienne centrale du pays, la région du Guéra est une zone de transition entre le nord et le sud du Tchad. D’une superficie de 53 000 km2, elle compte 553 795 habitants (UNSTATS, 2009). C’est une région dotée d’un fort potentiel agricole et pastoral, suffisant pour couvrir ses propres besoins alimentaires et ceux des régions limitrophes. En 2009, elle affichait un taux d’analphabétisme de 89 % (UNESCO, 2012) et un niveau élevé de pauvreté.

Présentation/synthèse du programme

La Fédération des associations de promotion des langues du Guéra (FAPLG) est une organisation de la société civile créée en 2001 dans le but de développer les 26 langues de la région, de promouvoir l’enseignement des langues et l’éducation et de créer des activités génératrices de revenus (AGR) afin de réduire de moitié le taux élevé d’analphabétisme et ses conséquences avant 2025. Elle espère ainsi contribuer à résoudre le problème de l’analphabétisme qui, selon elle, est intimement lié aux causes du sous-développement, mais aussi promouvoir et favoriser l’éducation continue des cultivateurs, en particulier les femmes, facteurs clés de l’amélioration de la situation économique du Tchad.

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La FAPLG a été fondée à l’initiative des locuteurs natifs de la région où, en plus de la pauvreté et de la maladie qui entravaient le développement socio-économique, les communautés linguistiques étaient analphabètes à plus de 90 %. L’institution a été officiellement fondée à Bitkine, lors d’une assemblée générale organisée par les membres des bureaux des trois associations fondatrices : APLK (Association pour la promotion de la langue kenga), APLD (Association pour la promotion de la langue dangaleat) et ADPLG (Association pour le développement et la promotion de la langue guerguiko). En 2004, aussitôt après sa création et l’obtention d’une autorisation, d’autres associations rejoignent la FAPLG. Elle compte maintenant 18 membres, dont 15 disposent déjà d’un programme d’alphabétisation et 3 s’apprêtent à en faire de même. Aujourd’hui, le cercle s’est étendu aux 26 langues de la région. Parmi elles, 15 sont prises en charge par la FAPLG et enseignées, tandis que trois autres en sont aux ultimes phases de préparation avant le démarrage des cours d’alphabétisation. Ces 15 langues sont le dangaleat, le guerguiko, le kenga, le migaam, le sokoro, le dadjo, le bidiya, le mawa, le saba sorki, le mogoum, l’oubi, le zérenkel, le baraĩne, le more et l’eeni.

L’enseignement multilingue, dont l’éducation en langue maternelle, est relativement récent dans le système éducatif tchadien et le débat en cours sur le bilinguisme (français-arabe) dans le pays n’inclut pas le trilinguisme ou le plurilinguisme, qui tiendrait compte des langues locales. Le Guéra est une exception car, en dépit de ce débat, les langues maternelles ont leur place dans les centres d’alphabétisation et d’enseignement préscolaire.

Outre le programme d’alphabétisation des adultes, la FAPLG a entrepris d’élaborer un programme d’enseignement préscolaire qui consiste à dispenser une éducation de base en langue maternelle aux enfants de 5 à 6 ans et des séances d’expression orale française pour les préparer à l’école.

Buts et objectifs

Mise en œuvre du programme

Depuis son lancement en 2001, 18 communautés ont été organisées en associations. Parmi elles, 15 ont un programme d’alphabétisation qui inclut un volet pour les adultes, un autre pour le préscolaire et un troisième pour l’alphabétisation fonctionnelle. Vingt-sept superviseurs et coordonnateurs ont été formés, dont deux membres du personnel qui ont le niveau de Master avancé. La FAPLG a 31 centres d’alphabétisation fonctionnelle et 5 locaux ont été construits pour les associations membres. Un bâtiment a été construit pour abriter le siège de la FAPLG, et des centaines de titres publiés pour les locuteurs natifs.

Le bureau de la FAPLG est un organe technique composé d’un directeur, de quatre coordonnateurs et d’un directeur financier. Cette direction technique supervise la recherche linguistique, l’élaboration de supports pédagogiques, le suivi et évaluation, la sensibilisation, la mobilisation de fonds et la recherche de partenariats avec d’autres institutions.

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Méthodes et approches d’enseignement-apprentissage

Le programme propose une série de quatre cours d’alphabétisation en langue maternelle d’une durée de six mois. Ce temps d’apprentissage est réparti en deux étapes. Pendant les deux premières années, les apprenants se concentrent sur la maîtrise de la lecture et de l’écriture en langue maternelle. Ensuite, les plus jeunes sont orientés vers les classes de transition vers le français, avec deux cours, et passent l’examen du certificat d’études primaires des écoles publiques. Après cette phase, les apprenants qui souhaitent poursuivre leurs études rejoignent une école publique. Pour leur part, les adultes sont orientés vers les centres d’alphabétisation fonctionnelle, qui dispensent les cours à l’aide de manuels en langue maternelle. Les thèmes enseignés sont le maraîchage, l’agriculture, l’élevage, l’aviculture et l’élevage de petit bétail, la santé, les proverbes, l’histoire locale, la gestion, les AGR et le commerce. Dans le cadre du curriculum, les participants mènent des activités pratiques sous la supervision de spécialistes. Ces AGR génèrent des fonds pour l’achat de nattes et de craie pour le centre, mais aussi pour la motivation de l’instructeur. Au terme de deux ans de suivi par la FAPLG, ces centres sont organisés en groupements d’intérêt communautaire et passent à l’action de développement socio-économique pour aider à améliorer les conditions de vie.

La FAPLG ambitionne de réduire de moitié le taux d’analphabétisme d’ici 2025. La stratégie consiste à alphabétiser les participants en langue maternelle, cette option étant considérée comme la plus rapide et la plus efficace. C’est ainsi que des ouvrages sur les méthodes scientifiques d’agriculture et d’élevage, produits sous la direction de spécialistes, dotent les cultivateurs du savoir pratique leur permettant d’accroître leur productivité annuelle, mais aussi de cultiver divers produits pendant la saison sèche. Entre autres sujets couverts par les manuels produits, la question culturelle, qui réconcilie les apprenants avec leur héritage identitaire à travers contes, proverbes, histoires orales, mythes et légendes ou simplement des sujets liés à la vie de la communauté. Ces activités sont systématiquement orientées vers le développement socio-économique. Les AGR dans le domaine du maraîchage rapportent de l’argent aux apprenants et leur permettent de varier leur alimentation avec des légumes frais, introuvables en saison sèche. À travers ces activités, les participent s’auto-enseignent et s’approprient aussi les idées acquises dans les centres et les livres traduits dans leur langue.

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Contenu du programme (curriculum)

En 2012, le Plan d’action national d’alphabétisation du Tchad a été préparé comme guide et document de référence pour tous les acteurs de l’alphabétisation. Ce manuel s’inspire de la situation du pays et, en particulier, de celle de chaque communauté. Des acteurs clés, comme la FAPLG, ont participé à la prise de décisions relatives à son contenu. En plus du document de référence, le contenu des matières est élaboré par l’association locale selon les besoins de la communauté. Les aspects techniques sont du ressort des conseillers techniques, du personnel technique de la FAPLG, avec l’approbation de la DAGPLAN (Direction générale de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales) du ministère de l’Éducation nationale.

Le Conseil d’administration de la FAPLG est composé de représentants des associations membres. Tous les besoins de la prochaine campagne sont identifiés et débattus par le Conseil lors des réunions de planification. Ces besoins sont récapitulés dans les rapports des responsables du programme et transmis par les associations à la FAPLG. Le compte-rendu des visites du personnel de supervision aide à identifier les besoins des apprenants, et les rapports des réunions statutaires de chaque communauté sont également envoyés au personnel technique. En cours de campagne, les associations soumettent leurs rapports au début de chaque mois. À son tour, la FAPLG envoie un rapport trimestriel au parrain et un autre aux autorités administratives tchadiennes au début et à la fin de chaque campagne.

Les producteurs des supports varient selon la nature de la publication. Les programmes de base sont préparés par les conseillers techniques avec l’appui des agents du programme ou des informateurs d’une langue donnée. Les supports pour néo-alphabètes et pour lecteurs avancés sont préparés lors d’ateliers organisés à cet effet. Autrement, des spécialistes dans divers domaines sont invités pour présenter un exposé sur la matière concernée. Les conseillers techniques et les locuteurs natifs adaptent le support à la méthodologie avec l’appui du personnel de la FAPLG.

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Recrutement et formation des animateurs

Chaque association de langue affiliée à la FAPLG a un directeur de programme, des superviseurs, des instructeurs et un bureau exécutif élu qui supervise les activités au niveau local. Son personnel, choisi par la communauté, est responsable devant celle-ci. Les animateurs sont des bénévoles et encadrent jusqu’à 30 apprenants. Ils reçoivent une motivation d’environ 33 000 FCFA (68 dollars) par campagne, dont 20 % payés par la communauté et le reste à partir des financements extérieurs.

Les candidats au poste d’animateur doivent être au moins titulaires du BEPC (diplôme d’enseignement moyen secondaire) et locuteurs natifs de la langue locale. Après recrutement, les animateurs suivent une formation initiale de trois semaines sur les principales matières suivantes : orthographe de la langue locale, méthodes d’enseignement du programme, exercices d’enseignement, concepts généraux liés à l’alphabétisation, méthodes de formation des adultes et gestion du centre d’alphabétisation. À l’issue de la formation, un test final est organisé pour identifier les meilleurs candidats. Après ce test, les candidats retenus sont autorisés par la FAPLG à servir au poste d’animateur. Des cours de recyclage sont organisés en milieu de campagne. Les animateurs sont également recyclés chaque année en début de campagne dans certaines matières identifiées par les directeurs de programme lors des visites de suivi.

Le programme prévoit une formation supplémentaire des formateurs à différents niveaux : en sa qualité de formateur principal, le personnel technique de la FAPLG reçoit, dans le cadre du renforcement des capacités, une formation par des spécialistes de SIL International et d’autres organismes de formation externes (Programme de formation africain, séminaires et symposiums). Le personnel technique de la FAPLG renforce les capacités des associations membres en formant leurs coordonnateurs et superviseurs qui, à leur tour, forment leurs animateurs. Au niveau local, certaines associations forment leurs animateurs et leurs membres. C’est le cas d’associations comme l’APLK, l’APLD, l’ADPLG et l’ASDEPROLAM, qui forment leurs animateurs.

Inscription des apprenants

Les adultes, les jeunes déscolarisés, les femmes et les filles sont les principaux groupes cibles du programme.

Après une tournée de sensibilisation du bureau exécutif de chaque association dans les villages de sa communauté, les candidats sont inscrits par les animateurs retenus. Ensuite, chaque animateur se concerte avec les apprenants en vue d’élaborer un emploi du temps fixant les jours et lieux de cours. Compte tenu de la charge de travail des femmes tchadiennes, en particulier dans le Guéra, les cours se tiennent l’après-midi, de 13 à 16h, pour leur permettre d’y assister. En tout, les cours durent trois heures par jour et ont lieu quatre fois par semaine. La campagne d’alphabétisation dure six mois, de janvier à juin, juste après la récolte et avant l’hivernage suivant. Cette période a été choisie en concertation avec les apprenants. Chaque centre pour adultes compte au moins 30 apprenants à chaque niveau et un instructeur qualifié. Chaque apprenant achète, au prix subventionné de 200 FCFA (0,40 dollar), des manuels et autres livres de culture générale. Les classes se tiennent sous un hangar ou dans une école publique, à la fin des cours.

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Évaluation des résultats d’apprentissage

Pendant les cours, l’animateur est suivi par un superviseur, supervisé à son tour par un coordonnateur. Deux tests (évaluations) ont lieu en cours de campagne. Le dernier est administré par le superviseur en lieu et place de l’animateur afin de savoir quels apprenants sont aptes à passer en classe supérieure. Au terme de deux ans d’apprentissage, les apprenants savent bien lire et écrire dans leur langue.

Les apprenants qui ont achevé tous les niveaux du programme, y compris la période de transition avec cours de français peuvent, suivant la juridiction, avoir la possibilité de passer les examens du certificat d’études primaires du système éducatif national.

Afin de mieux mesurer l’impact du programme, les superviseurs remettent un questionnaire de suivi et évaluation aux bénéficiaires à la fin de chaque campagne d’alphabétisation.

Suivi et évaluation

Le suivi régulier des activités d’alphabétisation des associations est assuré par les superviseurs, les coordonnateurs et les conseillers techniques de chaque association et par le personnel technique de la FAPLG. Deux ou trois fois par campagne, ce dernier organise des visites inopinées de suivi et évaluation auprès des différentes associations. À cette occasion, il collecte des données statistiques pour les rapports d’évaluation à envoyer aux différents partenaires, tels que la DAPLAN, SIL, le PAM, la DDEN-G (Direction de l’Éducation nationale du Guéra) et les bailleurs étrangers. La FAPLG organise aussi des audits internes annuels pour vérifier l’utilisation des fonds alloués à chaque association membre et renforcer les capacités de gestion financière.

Le suivi périodique est assuré par la Direction des ONG (DONG), la DAPLAN et l’Université de Ndjaména. Tous les quatre ans, la DONG envoie une mission de suivi pour évaluer les activités de la FAPLG, et les comptes sont audités tous les deux ans. Des rapports annuels sont envoyés à la Délégation régionale de l’Éducation nationale et à la DGAPLAN (Direction générale de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales) du ministère de l’Éducation de base et de l’alphabétisation.

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Impact et défis du programme

Impact et réalisations

Les effets attendus sont l’amélioration des conditions de vie des populations, en particulier la réduction de la pauvreté, grâce au savoir acquis dans les centres d’apprentissage.

En 2003 (suite à la création de la Fédération), la campagne d’alphabétisation 2003-2004 a touché 1 113 apprenants au total. À mesure que le nombre d’associations augmente, le nombre d’apprenants croît également. Pour la campagne 2012-2013, 13 langues étaient enseignées à 6 577 apprenants. Parmi eux, 5 356 femmes réparties entre 143 centres d’apprentissage des adultes et 166 classes, dont 31 centres d’alphabétisation fonctionnelle. Il y avait aussi 69 centres préscolaires pour 1 859 enfants, dont 852 filles. Cette campagne a couvert les trois départements de la région du Guéra et touché 100 villages. Le tableau ci-dessous présente les taux globaux d’inscription pour la période 2004-2012 par rapport aux taux de fréquentation, de passage et d’abandon.

Une amélioration considérable des conditions de vie des communautés a été notée lors de la dernière évaluation menée par l’équipe de la DONG en avril 2011. Les populations bénéficiaires appliquent le savoir nouvellement acquis à leur vie quotidienne : maraîchage, élevage et organisation de groupements d’intérêt communautaire. Les femmes montrent qu’elles tirent grand bénéfice des manuels d’alphabétisation portant sur la vie de l’enfant, la gestion des revenus domestiques et la gestion de leur groupe.

Aujourd’hui, la plupart des femmes alphabétisées de la région du Guéra accouchent dans un centre de santé. De même, elles sont plus nombreuses à suivre les consultations prénatales et postnatales et à respecter le calendrier vaccinal de leur enfant. Aujourd’hui, elles créent leurs groupes ou associations sans devoir désigner un secrétaire masculin. Grâce à l’apprentissage de l’arithmétique, elles gèrent mieux le budget de leur ménage. Au lieu de gaspiller du mil, elles calculent avec précision la ration familiale journalière et mensuelle. Cela a le mérite de prévenir les disputes conjugales, souvent liées à la gestion des vivres. Grâce à la fréquentation régulière du programme, certains apprenants ont su rattraper leur scolarité perdue à cause des guerres qu’a connues le pays. Les cas de réussite sont partagés entre les communautés, et certains apprenants deviennent enseignants communautaires et transmettent tout ce qu’ils ont appris. Selon les estimations, plus de 210 anciens apprenants sont devenus maîtres dans les centres d’alphabétisation et les écoles publiques, secrétaires de groupes et associations locaux ou titulaires d’un diplôme leur permettant de poursuivre leurs études dans d’autres établissements publics.

Le programme a permis de montrer les bienfaits de l’enseignement multilingue. Traduit en langue maternelle, le savoir jusqu’ici réservé aux lecteurs francophones ou arabophones est désormais à la portée du cultivateur. À titre d’exemple, la région du Guéra a été frappée d’une épidémie de choléra en 2011. La maladie a fait plusieurs décès. Pendant cette période, la FAPLG a traduit la brochure sur la prévention de la maladie en 13 langues. Imprimée en plusieurs exemplaires, la brochure a été mise à la disposition des lecteurs et affichée sur les arbres et les murs des places publiques des villages. Tout le monde a compris le message, rédigé en langue locale, sans l’intervention d’une tierce personne. Le dispositif de lutte contre le choléra a été suivi, et beaucoup de personnes ont évité la maladie grâce aux mesures prophylactiques qu’elles appliquaient au quotidien. Certains villages ont été épargnés par l’épidémie même si, tout autour, les victimes se comptaient par dizaines.

En 2012, après une phase de transition réussie complétée par des cours du soir de français, l’association ASDEPROLAM a présenté 56 candidats à l’examen du certificat d’études primaires et obtenu 50 admis, dont 30 avec une excellente moyenne.

En 2013, la FAPLG a reçu le Prix d’alphabétisation UNESCO du Roi Sejong pour sa contribution à l’alphabétisation au Tchad.

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Défis et leçons apprises

L’objectif que s’est fixé la FAPLG à sa création, à savoir « promouvoir les 26 langues du Guéra et les utiliser pour éduquer et former leurs locuteurs afin de réduire l’analphabétisme de moitié d’ici 2025 », reste un défi. Même si 15 langues sont déjà enseignées, beaucoup reste à faire car plus une communauté s’implique, plus l’ampleur de l’intervention est grande, le manque de personnel qualifié se fait sentir et l’enveloppe financière gonfle. Entre autres contraintes pratiques, on peut citer le manque de ressources matérielles, humaines et financières pour répondre aux besoins de l’ensemble de la population. C’est là le plus grand défi pour la FAPLG. Autre contrainte, et non des moindres, le retrait de l’un des principaux bailleurs de la Fédération en 2012, qui a entraîné d’importants problèmes financiers pour la FAPLG. Pour y faire face, elle a dû prendre des mesures strictes, comme la fermeture de centres d’alphabétisation, la réduction du personnel central et local, la suspension du financement de certaines communautés, telles que les Oubis, les Eenis, les Baraines, les Zérenkels, les Sabas et les Mawas. Dans d’autres communautés, les activités ont été réduites aux programmes préscolaire et d’alphabétisation des adultes.

En raison de la cherté de la vie au Tchad, les animateurs, bien que bénévoles, ont commencé à réclamer un salaire de subsistance, estimant qu’ils auraient pu mieux gagner leur vie ailleurs. Parfois, les ressources pour le déplacement des directeurs de programme (en particulier pour le suivi et évaluation) font défaut.

Une autre leçon apprise est liée au contexte tchadien. La clé de la réussite du programme tient à sa base : la communauté. S’il était exclusivement piloté par des agents de l’État, il aurait été très exposé au détournement de fonds et n’aurait pas pu être pleinement mis en œuvre.

L’alphabétisation dans un contexte pratique aide l’apprenant à s’épanouir, les cours étant couplés à des AGR. Cela génère des bienfaits pour leur famille, crée l’unité et contribue au développement socio-économique.

Pérennité

Depuis la création de la FAPLG, les communautés des associations membres y ont contribué, en nature ou en espèces, à hauteur de 20 % des coûts des programmes de chaque campagne. Les 80 % restants proviennent toujours des bailleurs étrangers susmentionnés, mais la communauté prend progressivement le relais de cette contribution en baisse. Au début du partenariat, les bailleurs finançaient entièrement le programme, mais maintenant la communauté prend en charge 20 % du coût total. C’est ce système de sevrage progressif qui a été adopté. Pour les niveaux 3 et 4, les centres enseignent l’alphabétisation fonctionnelle et organisent des AGR. Avec ces revenus, chaque centre finance son fonctionnement, y compris la motivation de l’animateur, l’achat de craie, de nattes et d’autres matériels. Par ailleurs, la FAPLG a entrepris de réorienter ses financements étrangers vers le microcrédit en vue de donner aux associations les moyens de renforcer leurs AGR et de couvrir le coût des programmes.

Au plan technique, la formation continue de tous les acteurs du programme se poursuit : animateurs, superviseurs, coordonnateurs, personnel technique de la FAPLG et membres des bureaux exécutifs des associations. Côté animateurs, les premières générations d’apprenants ont commencé à prendre le relais, du fait de leur meilleure connaissance du milieu et de leur aptitude à occuper le poste. Ils remplissent les critères de sélection et ne sont pas exigeants en termes de motivation.

Sources en ligne

Contacts

Michel Karim
Titre (fonction) : Directeur
Adresse : FAPLG, BP 4214, Ndjaména, Tchad
Téléphone / Fax : +235 99 60 68 67/66 73 52 96
E-mail : mikabbo (at) gmail.com