Programme de Cercle d’Etudes et de l’Alphabétisation

Profil de pays: Cameroun

Population

16,322,000 (2005)

Langue officielle

Français et Anglais (Camfranglais, Cameroonian Pidgin English, Fulfulde et Ewondo sont considérés linguae francae)

Pauvreté (Population vivant avec moins de 1 dollar par jour, %):

17.1% (1990-2004)

Dépenses publiques totales d’éducation en % du PNB

1.8

Taux d’alphabétisme des adultes (15 ans et plus, 1995-2004)
  • Total : 68%
  • Hommes : 77%
  • Femmes : 60%
Sources

Présentation générale du programme

Titre du programmeProgramme de Cercle d’Etudes et de l’Alphabétisation
Organisation chargée de la mise en œuvreAssociation Nationale de Comités de Langues Camerounaises (ANACLAC)

Organisation

Association Nationale de Comités de Langues Camerounaises (ANACLAC)

L’ANACLAC est une ONG nationale qui a été fondée en 1998. Considérant l’utilisation des langues nationales comme un instrument efficace de l’éducation et de l’alphabétisation, elle s’engage dans la promotion de la publication des diverses formes de littérature en langues nationales. Par ses activités elle cherche à contribuer à la création d’un environnement lettré. Dans une perspective plus large l’ANACLAC assiste les communautés locales dans l’harmonisation, la coordination et la supervision de ces programmes.

Contexte

Malgré un taux d’analphabétisme assez élevé le Cameroun ne possède pas de politique nationale d’EPT et d’alphabétisation. Les taux d’analphabétisme varient considérablement selon les régions : tandis que le taux se monte à 44,3 % en zones rurales, il s’élève à 12,2 % en zones urbaines. Dans les provinces du nord et de l’Adamaoua, le taux d’analphabétisme est même plus élevé (60 % dans l’Adamaoua, 68 % dans le Nord et 76 % dans l’extrême Nord). Effectivement, il existe des cadres juridiques qui permettent aux ONG de mener des activités dans le domaine de l’alphabétisation mais cela ne signifie aucun soutien financier. La constitution est en principe favorable à la promotion des langues nationales. Cette tendance s’est renforcée avec une loi de décentralisation qui a été adoptée en juillet 2004. Cette loi vise à charger les communes urbaines et rurales de la lutte contre l’analphabétisme et à leur confier la responsabilité d’assurer la formation professionnelle. Malheureusement jusqu’à présent, ces différents cadres juridiques sont loin d’être mis en pratique. Même si l’importance de leur travail est tout à fait reconnue par le Programme national d’Alphabétisation (PNA), les ONG sont pratiquement exclues de la réalisation de cette initiative nationale.

Le programme

Le Programme de Cercle d’Etudes et de l’Alphabétisation cherche à renforcer le rôle des langues nationales dans l’alphabétisation. Le programme s’investit dans la promotion des principes démocratiques en mettant l’accent notamment sur la parité et la bonne gouvernance y compris la transparence dans la gestion des ressources locales et de l’autofinancement. Le programme existe depuis 2005. Étant composé de plusieurs phases, le programme a accompli sa première phase de 2005 à 2007. La deuxième phase sera réalisée entre 2009 et 2011. Pour des raisons de financement il n’y a pas eu d’activités entre les deux phases, ce qui a permis aux acteurs de tirer les enseignements de la première phase et de s’investir dans la recherche d’autres sources financières.

Objectifs principaux

Les objectifs principaux du programme sont les suivants :

Les groupes cibles

Les groupes cibles du programme sont surtout:

Réalisation du programme

Le programme agit au niveau municipal en coopération avec une communauté ciblée dans chaque région. Actuellement les deux provinces Mada et Yemba sont impliquées dans le projet. Mais une extension progressive est prévue pour la phase suivante. La méthode des Cercles d’Études est focalisée sur l’apprenant. Le leader du cercle se trouve dans le rôle d’un animateur qui stimule les discussions et qui aide les apprenants à atteindre les buts et objectifs de chaque thème de discussion. Les séances de lecture et d’écriture sont intégrées dans les discussions. Selon les besoins de chaque cercle, un certain temps (en principe deux heures) est consacré à la lecture et l’écriture. La méthode utilisée pour la lecture et l’écriture est synthétique et analytique. Selon l’approche synthétique des mots sont construits à partir des sons et des phrases à partir des mots. La méthode analytique de son côté, consiste à décomposer les mots pour obtenir des sons et à décomposer les phrases pour avoir des mots. En somme, le mot est considéré comme un ensemble de sons pendant que la phrase est perçue comme un ensemble de mots. Dans les Cercles d’Études la communication parmi les apprenants s’effectue en langue maternelle. Pour l’avenir il est prévu que le programme soit bilingue, c’est-à-dire, la langue maternelle est utilisée à côté de la langue officielle. En ce qui concerne le matériel utilisé dans les Cercles d’Études il dépend des thèmes choisis pour les discussions parmi les apprenants de chaque cercle. Au cas où le matériel existe déjà en langue étrangère, il appartient au comité de langue en coopération avec l’ANACLAC de le traduire en langue nationale tout en l’adaptant aux réalités locales de chaque communauté. Ainsi une des deux communautés a par exemple produit un document de huit pages sur l’enrichissement du sol. Le matériel purement didactique tel que le syllabaire est élaboré par les communautés avec l’appui technique de l’ANACLAC. La parité entre les sexes est également prise en considération afin de choisir des thèmes de discussion. En général, le matériel couvre les sujets suivants :

Pendant les séances de lecture et d’écriture les syllabaires sont utilisés selon les besoins de chaque groupe. Dans la communauté de Yemba la population a été informée sur les Cercles d’Études grâce à la radio locale. Dans des émissions d’une demi-heure qui ont été diffusées deux fois par semaine un résumé des discussions et du contenu des Cercles d’Études était à la disposition de toute la communauté. Les coûts annuels du programme portent sur environ 8 000 US$. En général, l’inscription des apprenants se déroule avec le soutien des groupes existants. Étant membres de ces groupes beaucoup d’apprenants considèrent le programme comme une chance de faire avancer la réalisation de leurs propres objectifs tels que l’autofinancement, l’amélioration de la qualité des produits vivriers, etc. La moyenne des personnes formées dans les deux communautés du projet se monte à 350 apprenants par an. La méthode de Cercles d’Études détermine le nombre d’apprenants par cercle. Dans l’idéal il s’agit de 8 à 12 personnes par cercle, mais en réalité le nombre de personne n’est jamais stable. Par conséquent, le nombre de facilitateurs dépend du nombre de cercles par village. Par rapport aux enseignants, ils possèdent un niveau de qualification minimum correspondant au BEPC (Brevet d'études du premier cycle). En outre, ils participent à une formation continue qui est organisée sous forme de séminaire dans chaque communauté une fois par an. Les enseignants sont rémunérés par les comités de langues selon leurs moyens. Jusqu’ici, la rémunération n’a pas été intégrée dans le budget du projet car le bailleur de fond réclame que ces coûts soient pris en charge par les comités de langues. L’engagement est majoritairement volontaire.

Impact du programme

Pendant la première phase du projet, près de 120 Cercles d’Études ont été tenus et 400 personnes au total ont été formées dans les deux communautés ciblées. Il est prévu de former 600 personnes durant la deuxième phase qui s’étendra de 2009 à 2011. Jusqu’ici, le programme a contribué au renforcement des capacités des comités de langues à travers ses formations annuelles. Une littérature diversifiée sur des sujets comme le VIH/SIDA, l’agriculture, la vannerie ou la broderie a été produite et traduite par les comités de langues. Tout cela contribue à la création d’un environnement lettré et par conséquent à la réduction du taux d’analphabétisme dans les communautés. En plus, les Cercles d’Études encouragent les apprenants à discuter de thèmes divers tels que la démocratie, les activités génératrices de revenues, l’enrichissement du sol ainsi que la sensibilisation des populations au VIH et au SIDA, etc. Cet échange rend les apprenants plus conscients de certaines réalités et de certains concepts de développement comme par exemple le VIH/SIDA ou l’importance de l’alphabétisation dans la vie quotidienne. Certains groupes ont monté des projets communs de production et vendent des produits champêtres tels que les oignons, les tomates, etc. démontrant que le fait de s’échanger dans les Cercles d’Études mène à des initiatives communes. Ces effets ont été possibles grâce à l’approche ouverte des Cercles d’Étude qui permet aux participants de choisir les thèmes de discussion selon leurs véritables besoins personnels. Ceci encourage non seulement la participation aux séances d’apprentissage mais renforce également l’identification avec le programme.

Durabilité du programme

L’intégration des comités de langues au niveau de chaque communauté linguistique est un facteur important de la durabilité du programme. La formation des superviseurs locaux et des leaders de cercles ainsi que leur implication dans la planification et la réalisation du programme renforcent l’acceptation communautaire du programme. L’engagement volontaire des nombreux facilitateurs témoigne de l’identification avec le programme. Les membres des comités de langues, les leaders traditionnels ainsi que les élites de chaque communauté sont appelés à rechercher des sources de financement locales. En général il manque des capacités locales au niveau financier. Par conséquent, le fait que les élites des communautés, sources principales de financement, n’encouragent pas la promotion des programmes fondés sur l’utilisation des langues nationales, cause de véritables problèmes pour la durabilité du programme. Dans ce contexte il paraît nécessaire d’amplifier le cercle des sympathisants du programme afin que le financement local soit garanti, ce qui est une condition nécessaire de durabilité. Pour l’instant, la principale source de financement provient d’une structure suédoise, qui s’appelle Studieförbundet Vuxenskolan (SV). Cependant, même ce financement international n’est pas assuré dans le futur. Comme la SV dépend elle-même du financement des organisations suédoises, le début de la deuxième phase du projet prévu pour janvier 2009 semble être en danger à l’heure actuelle. Par conséquent, l’avenir du programme dépend d’une part de la capacité des communautés à trouver des sources locales de financement et d’autre part de la capacité de l’ANACLAC à assurer des sources externes de financement pour finalement garantir la durabilité du programme.

Défis dans l’avenir

Mis à part les problèmes financiers, la difficulté majeure semble être la démotivation des leaders des Cercles d’Études. La plupart d’entre eux attendent une gratification financière qui ne peut pas être assurée. En outre, certains participants n’assistent pas régulièrement aux Cercles d’Études non plus. En général, les objectifs du programme ont été trop ambitieux dès le début. De nombreux obstacles qui ont ralenti la réalisation du programme ont été sous-estimés. Pour l’avenir du programme il faut donc prendre en considération des aspects divers qui influencent sa réalisation. Par exemple il paraît compliqué de fournir aux Cercles d’Études des logiciels informatiques à cause d’un manque de connaissance dans l’informatique. Parfois il semble difficile d’encourager les participants à discuter de thèmes sociaux ou politiques plus abstraits, tels que la démocratie au lieu de sujets pratiques comme par exemple la génération de revenus. Comme l’éducation politique est une partie intégrante du programme il faut que la sensibilisation des participants à de telles questions reste un objectif important car les aboutissements de ces efforts ne deviennent visibles que sur le long terme.

Monitorage et évaluation

Le monitorage du programme est assuré à deux niveaux différents : d’une part au niveau national et d’autre part au niveau local. Le coordonnateur national veille au bon déroulement des activités en assurant le contact permanent avec les communautés locales. Les superviseurs locaux, en revanche, ont la responsabilité de veiller à la bonne tenue des apprenants et de les évaluer. Leurs rapports sont finalement envoyés au coordonnateur national pour analyse. Par ailleurs, les superviseurs locaux, qui assument donc le suivi et l’évaluation du projet sur place sont pris en compte par le budget du programme. Ils reçoivent une rémunération mensuelle d’environ 75 US$. En ce qui concerne la parité entre les sexes, elle est parfaitement réalisée parmi les coordonnateurs locaux, la moitié d’entre eux étant des femmes. Un incident dans un comité de langue révélant que le président voulait uniquement tirer parti du programme vient de prouver l’importance d’un monitorage professionnel. Le processus de monitorage appliqué est complété par une évaluation externe menée par la SV qui se déroule deux fois par an dans chacune des communautés.

Contact

Dr Etienne Sadembouo
Directeur Adjoint
BP 2905 Yaoundé
Cameroun
Numéro de téléphone : 22 31 91 43/99 61 07 67
Fax : 22 31 91 43
Adresse email : nacalco (at) camnet.cm

Dr Blasius A. Chiatoh
Coordonnateur National du Projet
BP 63 Buea
Numéro de téléphone: 231 75 51 86 91
Adresse email : bchiatoh (at) yahoo.com / bchiatoh (at) yahoo.com