Autonomisation des femmes vivant dans une extrême pauvreté

Profil de pays: Burkina Faso

Population

16 935 000 (2013)

Pauvreté (Population vivant avec moins de 2 dollar par jour, 2009)

73 %

Taux d’alphabétisme des adultes (15+ ans, 2015, estimation ISU)

Femmes : 29,32 %
Hommes : 43,03 %
Deux sexes : 36,02 %

Taux d’alphabétisme des jeunes (15 – 24 ans, 2015, estimation ISU)

Femmes : 43,24 %
Hommes : 47,56 %
Deux sexes : 45,43 %

Langue officielle

Français (langues régionales reconnues: Mòoré, Dioula, Fula, Bambara, Dogon, Dagaare, Nanerige, Sucite, Karaboro)

Sources statistiques

Présentation générale du programme

Titre du programmeAutonomisation des femmes vivant dans une extrême pauvreté au Burkina Faso
Organisation chargée de la mise en œuvreAssociation pour la promotion de l'éducation non formelle du Burkina Faso (BF-APENF)
Langues d’enseignementFrançais
Partenaires de financementAgence de coopération internationale de la République de Corée, Ilga Foundation, Association pour la promotion de l'éducation non formelle et des structures associatives ou ONG chargées de mettre en œuvre les programmes d'alphabétisation dans leurs zones d'intervention.
PartenairesÉducateurs sans frontières (ÉSF) Corée du Sud, Agence de coopération internationale de la République de Corée, Ilga Foundation, ministère de l'Éducation nationale et de l'alphabétisation (MENA), Fonds pour l'alphabétisation et l'éducation non formelle (FONAENF) et Coopération suisse au Burkina Faso.
Coûts annuels du programme75 000 000 FCFA (150 000 $)
Coût annuel par apprenant : 19 284 FCFA (38,50 $)

Historique et contexte

Ancienne colonie française, le Burkina Faso a accédé à l’indépendance le 11 décembre 1960. Malgré sa stabilité politique, il figure au rang des pays à revenu faible du classement de la Banque mondiale. Près de trois quarts (72,6 %) de la population vivent en zone rurale (Banque mondiale, 2014). Avec un PIB par habitant de 683,90 $, la population vivant sous le seuil national de pauvreté est estimée à 46,7 % (ibid.). Ces dernières années, l’économie du Burkina Faso a connu une croissance rapide, à 10 % du PIB par an. L’agriculture et les mines ont été les principaux moteurs de cette tendance (Institut de statistique de l’UNESCO, 2014).

Les graphiques ci-dessus illustrent le nombre de jeunes et d’adultes illettrés au Burkina Faso et son augmentation depuis 1975. Malgré les campagnes d’alphabétisation et le soutien international pour réduire l’analphabétisme, la population illettrée ne cesse de croître, en partie à cause du taux annuel de croissance démographique de 2,9 % (ibid.). L’Association pour la promotion de l’éducation non formelle au Burkina Faso (BF-APENF) reconnaît l’ampleur de l’incidence négative de l’analphabétisme, qui réduit la capacité de l’individu à relever les défis du développement et limite son accès à l’information et au savoir, qui auraient rendu son quotidien plus heureux, facile et utile (Franck et al, 2010). L’Indice de développement humain classe le Burkina Faso 181e sur 187 pays, avec un indice de 0,388 (PNUD, 2014). De toute évidence, le Burkina Faso doit s’attaquer en urgence à cet illettrisme croissant ainsi qu’à ses répercussions sur le développement humain.

Le pays reste très inégalitaire, avec d’énormes écarts de revenus et disparités entre les sexes. Le statut social de la femme burkinabé est faible, malgré l’engagement du gouvernement à promouvoir l’égalité des sexes par le biais d’un cadre législatif. Les disparités entre les sexes sont manifestes dans la quasi-totalité des aspects de la vie d’une femme, notamment à travers l’absence de protection juridique contre la violence domestique, l’accès inégal à la propriété foncière et la discrimination à l’égard des femmes désireuses d’occuper des postes de responsabilités (Helmfrid, 2004).

Cependant, les disparités entre les sexes vont au-delà de l’accès restreint aux ressources et aux libertés civiques. D’après les rapports de l’Éducation pour tous (EPT), 72 % des jeunes hommes riches du Burkina Faso sont alphabétisés, contre 54 % pour les jeunes femmes. La même situation prévaut chez les couches sociales moins fortunées, avec respectivement 13 % et 6 % d’hommes et de femmes pauvres alphabétisés (UNESCO, 2013). Ce n’est donc pas surprenant si le Burkina Faso est encore loin d’attendre le quatrième objectif de l’EPT, à savoir « Améliorer de 50 % les niveaux d’alphabétisation des adultes, et notamment des femmes, d’ici à 2015, et assurer à tous les adultes un accès équitable aux programmes d’éducation de base et d’éducation permanente » (ibid.). Pour cette raison, une femme née pauvre au Burkina Faso a de fortes chances de le rester. La réalisation des objectifs de l’EPT exige l’amélioration de l’accès à l’éducation, mais aussi celle de sa pertinence et de son utilité. Ayant pris toute la mesure de ce défi, le programme « Autonomisation des femmes vivant dans une pauvreté extrême au Burkina Faso » s’efforce d’intégrer l’apprentissage non formel au secteur de l’éducation afin de parvenir à un système éducatif plus holistique (Franck et al, 2010). Pour les promoteurs de ce programme, axé sur l’autonomisation de la femme, le développement de l’éducation non formelle constitue un facteur essentiel de développement économique et de changement social.

Présentation générale du programme

Créée en 1997 par l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA), la BF-APENF a pour rôle de promouvoir l’éducation non formelle conformément à la législation éducative du Burkina Faso. Elle promeut l’importance de l’éducation non formelle et mène des activités de recherche et de renforcement des capacités, tout en soutenant l’innovation en matière de développement communautaire. L’action de l’association est soutenue par environ 400 membres, répartis à travers le pays.

Le programme « Autonomisation des femmes vivant dans une pauvreté extrême au Burkina Faso » entend promouvoir la femme par le biais d’une approche holistique de l’éducation, fortement axée sur l’apprentissage communautaire et l’apprentissage permanent. Il a pour but d’aider au renforcement des capacités de la population en matière de santé, d’éducation et de finance afin de façonner des citoyens bien outillés pour améliorer leur situation et celle de leur communauté. Son objectif global est de promouvoir l’alphabétisme et le développement local durable en vue de réduire la pauvreté. Le programme est intervenu dans cinq villages du Burkina Faso, où il a alphabétisé des adultes et des jeunes déscolarisés, qu’il a aidés à initier des activités génératrices de revenus, tout en sensibilisant la population à la prévention du paludisme et du VIH/sida.

Buts et objectifs

Le programme vise à :

Mise en œuvre du programme

Le diagramme ci-dessous illustre le processus de mise en œuvre du programme.

Image

    • Le programme collabore avec les apprenants pour s’assurer des défis et problèmes locaux à résoudre.
    • Il ne s’agit pas d’une activité ponctuelle mais d’un processus destiné à renforcer l’appropriation locale.
    • Le programme vise à stimuler le dialogue et la réflexion sur le savoir de l’apprenant et non à se poser comme le « détenteur du savoir ».
    • Il fait appel à l’expertise locale.
    • Recherche locale et collecte de données issues de l’évaluation participative rurale.
    • Définition des contraintes et préoccupations locales et des thèmes à couvrir.
    • Choix des thèmes abordés dans le module d’apprentissage.
    • Élaboration d’un projet de calendrier de mise en œuvre.
    • Ébauche des outils d’animation et des exercices en classe.
    • Mise au point des activités pour le changement social fondées sur les analyses et discussions thématiques des apprenants.
    • L’accent est mis à la fois sur l’apprentissage dans le cadre du programme et les besoins de la communauté au sens large.
    • Évaluation de l’efficacité interne, pour mesurer la qualité du contenu éducatif et la maîtrise des compétences clés.
    • Évaluation de l’efficacité externe, pour mesurer l’incidence du programme sur le développement individuel et communautaire.

Enseignement et apprentissage : approches et méthodes

L’approche pédagogique adoptée par le programme est axée sur le développement de la réflexion autonome et de l’esprit critique. Articulé autour des acquisitions linguistiques de l’apprenant, le cours encourage l’élève à aborder de façon critique des textes oraux et écrits (Direction du développement et de la coopération, 2014). L’animateur invite les apprenants à expliquer, décrire, débattre et exprimer leurs impressions sur le texte en question (ibid.). Dans ce contexte, le terme « texte » ne renvoie pas uniquement au contenu écrit classique. Il englobe à la fois les textes oraux et écrits et inclut les textes présentés sur support numérique tel qu’internet et le téléphone portable. Le programme reconnaît l’importance de varier les supports textuels. C’est pourquoi le curriculum allie l’alphabétisation à l’apprentissage des TIC.

L’approche pédagogique a été conçue pour changer la situation sociale de l’individu et le doter des moyens de transformer sa communauté. L’individu est perçu non pas comme consommateur passif de l’éducation mais comme acteur du changement, aussi bien de sa propre vie que de celle de sa famille et de sa communauté. La pédagogie critique souligne le rôle que l’éducation peut jouer pour doter la personne des outils nécessaires pour améliorer sa vie et renforcer la démocratie. Autrement dit, elle vise à « déployer l’éducation dans un processus de changement social progressif » (Douglas, 2000). La femme ayant été, par le passé, la principale victime de l’oppression au Burkina Faso, où il subsiste des disparités préoccupantes entre les sexes en termes d’opportunités de richesse, d’éducation et de vie, le programme s’est donné pour priorité de la sensibiliser au changement social et de la doter des compétences et ressources nécessaires pour défendre ses droits.

Le programme s’appuie, dans le cadre de son approche, sur l’évaluation rurale participative (ERP) pour faciliter la participation communautaire. Le but est d’habiliter les populations locales à effectuer leur propre analyse et à planifier et agir (Cavestro, 2003). Cette approche ascendante permet à l’apprenant d’identifier ses besoins, de les analyser et de les hiérarchiser par ordre d’importance et de faisabilité. L’approche ERP se distingue par la mise à disposition d’outils visuels qui stimulent la participation de l’apprenant à l’analyse et au processus décisionnel. Ces outils peuvent servir à faciliter l’implication des apprenants analphabètes dans le processus de conception du curriculum. Grâce à l’évaluation locale de leurs besoins, les apprenants acquièrent un sens plus aigu de l’appropriation et de la responsabilité qui favorise, à son tour, une plus large adhésion sociale au programme.

Image

Contenu et supports du programme

Le contenu est en partie élaboré par la communauté, sur la base de l’évaluation locale des besoins, et en partie adapté du curriculum mis au point par l’APENF sur la base de l’approche Reflect de l’apprentissage des adultes et conformément au curriculum national.

L’approche pédagogique participative Reflect, qui lie l’éducation des adultes au changement social et à l’autonomisation locale, a été adaptée à différents contextes nationaux à travers le monde. Au Burkina Faso, l’APENF utilise les techniques Reflect depuis l’an 2000. Son curriculum, actuellement deuxième des approches éducatives non formelles les plus courantes dans le pays, a adapté Reflect aux réalités sociales et politiques du Burkina Faso. L’adoption de l’ERP, entre autres approches, a permis au programme de s’assurer la participation locale et l’adhésion indispensable pour cette approche participative.

Le programme couvre trois domaines :

Originalité du programme

Le programme innove par son approche holistique de l’éducation. Le curriculum reflète le niveau des participants. Pour beaucoup de femmes, en particulier celles qui vivent dans une extrême pauvreté doublée d’un statut social faible, les lacunes en numératie de base constituent un frein à l’apprentissage du microcrédit. En améliorant leur niveau d’alphabétisme et de numératie de base, le programme permet aux apprenants d’acquérir les connaissances financières nécessaires pour subvenir aux besoins de leur famille.

La pyramide éducative du programme : ce cours de microcrédit est un programme de développement mis en œuvre par l’APENF sur financement d’Éducateurs sans frontières.

La pyramide éducative du programme : ce cours de microcrédit est un programme de développement mis en œuvre par l’APENF sur financement d’Éducateurs sans frontières.

Grâce à l’approche Reflect, l’apprenant acquiert la capacité d’analyser ses problèmes, de rechercher les solutions adéquates et de les traduire en actions. Il en tire un sens de la responsabilité et de l’appropriation qui le motive davantage, sans compter les autres bienfaits en termes de bien-être personnel.

Recrutement et formation des animateurs

Les animateurs du programme ne doivent pas s’imposer en tant que « détenteurs du savoir » face à des « ignorants », mais plutôt stimuler le dialogue et la réflexion. Pour ce faire, ils doivent s’appuyer sur les connaissances antérieures des apprenants, mais aussi exploiter et valider la sagesse locale. Le programme recrute des animateurs locaux. Pour cela, il convie la communauté à les identifier sur la base de leur aptitude à faire preuve de créativité et de souplesse afin de répondre aux besoins des apprenants et d’utiliser les ressources disponibles. À la fin du cycle d’apprentissage, les animateurs qui se sont distingués par des résultats exceptionnels reçoivent un prix spécial de 30 000 FCFA (environ 60 $) par mois pendant six mois pour leur contribution au développement local. Les animateurs sont formés par des instructeurs expérimentés en approche Reflect et en éducation et alphabétisation des adultes. Pour garantir la qualité, les animateurs sont encadrés par des superviseurs plus qualifiés, qui maîtrisent mieux l’approche Reflect. Ces superviseurs ont pour rôle d’observer les animateurs à l’œuvre en classe et de les aider, par des conseils, à s’améliorer.

Image

Inscription des apprenants

Pour être admis au programme, l’apprenant doit avoir plus de 15 ans, adhérer à une association et être totalement analphabète.

Évaluation des résultats d’apprentissage par les apprenants

Le programme évalue les résultats d’apprentissage à l’aide de divers indicateurs qualitatifs et quantitatifs. Le suivi de l’assiduité fait partie des indicateurs quantitatifs. Pour atteindre les objectifs du programme, l’apprenant doit assister régulièrement aux cours et participer activement aux discussions. L’évaluation des textes écrits est un important indicateur qualitatif. Les apprenants produisent des textes sur la base des discussions organisées en classe. La production d’écrits peut être collective ou individuelle, selon le type de texte choisi. Ces devoirs sont corrigés pour garantir le respect des normes orthographiques, grammaticales et rédactionnelles.

L’amélioration du niveau de compétences essentielles des apprenants est également évaluée. Des évaluations internes sont effectuées au niveau des centres d’apprentissage afin de mesurer les progrès. Par ailleurs, le ministère de l’Éducation nationale et de l’alphabétisation évalue les participants une fois par an.

Suivi et évaluation

L’efficacité externe du programme fait l’objet d’un suivi et d’une évaluation. Avec l’appui de l’ambassade de Corée à Abidjan et de l’Agence de coopération internationale de la République de Corée, des évaluations de l’efficacité externe sont menées par des consultants indépendants afin d’évaluer l’incidence du programme sur le développement individuel et communautaire. Ces évaluations viennent compléter la production périodique de rapports intermédiaires et annuels.

Impact et défis du programme

Impact et réalisations

Depuis son démarrage, le programme a formé plus de 17,625 apprenants, soit environ 5,875 bénéficiaires par an. Quelques chiffres notables, présentés ci-dessous, témoignent de son impact social.

Alphabétisation

Santé

Finance

Les apprenants ont indiqué que le programme a relevé leur statut social. Ils sont plus disposés à prendre part à des activités communautaires leur permettant de gagner leur vie, mais aussi de mériter le respect des anciens de leur village. Grâce au revenu supplémentaire apporté par les apprenantes, les familles ont pu subvenir à leurs besoins de base et, de ce fait, alléger leurs charges financières. Les participants sortent du programme avec une meilleure compréhension de la valeur de l’éducation et de son incidence sur le bien-être personnel. Par exemple, dans le village de Worou, plus de 30 enfants ont été scolarisés grâce aux séances de sensibilisation que les centres d’alphabétisation ont dispensées à leurs mères.

Leçons apprises

Le programme a permis de tirer les principales leçons suivantes :

Défis

Le financement constitue un défi majeur, les femmes en particulier devant supporter diverses dépenses toutes aussi importantes les unes que les autres (charges familiales, funérailles, maladies, etc.). Le programme a souvent du mal à obtenir les ressources nécessaires à son fonctionnement, par exemple, de l’eau potable pour les apprenants. Certains chefs de programme n’ont pas le niveau de compétence requis, et parfois le système de microcrédit manque de fonds pour financer les projets des apprenants. Certains outils de microcrédit sont trop rarement utilisés par certains apprenants. Dans certains cas, les cours locaux d’alphabétisation et de formation spécifique étaient inadaptés. Faute de documents officiels, des femmes vulnérables vivant sous le seuil de pauvreté n’ont pas pu accéder au crédit. Le défi était de les doter des compétences nécessaires pour changer la situation.

Pérennité

Le programme est viable du fait que les processus d’apprentissage et les contenus sont faciles à adapter ou à améliorer en fonction de la demande locale. Le curriculum est conjointement élaboré par les apprenants, les animateurs et des spécialistes en vue de résoudre des problèmes locaux. Cette approche ascendante est gage de pertinence du curriculum pour l’apprenant et sa communauté, mais aussi d’adhésion communautaire et de forte participation locale. Le curriculum Reflect est enseigné au Burkina Faso depuis l’an 2000. Par sa flexibilité et son adaptabilité, il est facile à appliquer dans d’autres pays. Chaque année, le programme se sert de son fonds de roulement pour octroyer de nouveaux crédits aux apprenants. Grâce à la contribution financière d’ÉSF, ce fonds peut être augmenté d’année en année. L’APENF a promis de fournir un fonds de roulement après le retrait d’ÉSF et jusqu’à l’autonomie financière totale des promoteurs du programme. C’est seulement à ce moment que l’APENF aussi se retirera.

Sources

Contact

Mme Germaine Ouédraogo
Ouagadougou, Burkina Faso
Tél : 0022 70 26 80 04
E-mail : geroued (at) gmail.com