We Love Reading

Profil de pays: Jordanie

Population

7 215 000 (2013)

Langue officielle

arabe

Pauvreté (Population vivant avec moins de 2 dollar par jour, %)

2% (2013)

Taux net d’admission dans l’enseignement primaire (TNA total)

87,52 % (2012)

Taux d’alphabétisme total des jeunes (15 – 24 ans)

Total : 99,1 % (2011)
Hommes : 99,1 %
Femmes : 99,3 %

Taux d’alphabétisme des adultes (15 ans et plus)

Total : 95,5 % (2011)
Hommes : 97,7 %
Femmes : 93,3 %

Sources statistiques

UNESCO Institute for Statistics

Présentation générale du programme

Titre du programmeWe Love Reading - “A Library in Every Neighbourhood”
Organisation chargée de la mise en œuvreTaghyeer (ONG nationale)
Langues d’enseignement Arabe et anglais
Partenaires de financementSynergos, ministère de la Culture de Jordanie, Reliance, ARAMEX, Ambassade des États-Unis en Jordanie, USAID ECODIT, Middle Eastern Partnership Initiative, Fondation américaine Fetzer, Fondation Shoman, Microsoft, LitWorld, Université de Yale, éditeurs Scholastic et Dar Al Manhal.
PartenairesEn Jordanie :
Université Hachémite, Ville d'Amman, Injaz‐Junior Achievement, Reliance Co., Organisation de développement communautaire Ruwwad, Dar Al Manhal (éditeur), Centre pour le développement des affaires, Women Microfund, Programme de livres en arabe/Ambassade des États-Unis en Jordanie, Musée des enfants Jordanie, Centre culturel Zaha, Académie des enseignants Reine Rania, écrivains Abeer Taher et Taghreed Najjar.
Au niveau international :
Fondation Mother Child Education (ACEV) et Fondation Hüsnü Özyeğin (Turquie), Bibliothèque publique de New Haven, New Haven (CT, États-Unis), Sommet mondial de l'innovation en éducation (Qatar), Mercy Corps, Save the Children, Université de Yale, Neurosuite Clinic (Université de Chicago), Université de Columbia, IBBY (International Board on Books for Young People), Forum mondial de l'éducation, Association internationale pour la lecture, Scholastic (éditeur), Clinton Global Initiative, Thomson Reuter Trust.
Coûts annuels du programmeCoût annuel du programme : 100 000 $; Coût annuel par apprenant : 50 $
Date de créationFévrier 2006

Historique et contexte

La Jordanie a connu un développement économique relativement rapide grâce à ses investissements dans des programmes de développement social portant sur la planification familiale, la santé et l'éducation. En 2012, le royaume a réalisé un PIB par habitant de 6 037 $, qui le place parmi les pays à revenu intermédiaire au classement de la Banque mondiale.

Jusqu'en 2003, les taux d'alphabétisme n'ont cessé de s'améliorer en Jordanie. Depuis, la situation est devenue moins stable. Le plus petit nombre d'adultes alphabétisés (273 873) a été enregistré en 2007, et le plus élevé en 2010 (286 602). Mais, de 2010 à 2011, ce chiffre a fortement baissé (à 163 948) selon l'Institut de statistique de l'UNESCO. Le taux d'alphabétisme de la Jordanie, le plus élevé du monde arabe, est le fruit de la volonté du gouvernement jordanien de s'attaquer résolument à l'analphabétisme, avec notamment le lancement du Programme ALIEP (Adult Learning and illiteracy Elimination Programme) en 1952.

Le pays sert de refuge aux populations fuyant les conflits dans les pays voisins. D'où, l'augmentation de la population adulte analphabète avec l'afflux de réfugiés. En Jordanie, l'éducation est obligatoire pour les enfants de six à 15 ans. Mais, comme le montrent des exemples récents, tous les pays arabes n'accordent pas la même importance à la lecture. Selon Arabia News, les adultes arabes ne lisent en moyenne qu'une demi-page par an, pour le plaisir. Ce chiffre alarmant corrobore les résultats des rapports de l'UNESCO de 1991 et 2005, mais aussi ceux du document de travail américain pour le Sommet du G8 de 2004, qui indiquait que les lecteurs arabes lisaient en moyenne six minutes par an. En raison du taux d'alphabétisme relativement élevé en Jordanie, il est peu probable que les résultats de ces enquêtes s'expliquent par le manque de compétences en lecture. Ce manque d'intérêt pour la lecture serait vraisemblablement dû au manque de pratique et à l'absence d'une culture de la lecture. Les données montrent que la lecture à haute voix est essentielle pour cultiver le plaisir de lire (Trelease, 2013). La société jordanienne n'a pas encore compris que l'alphabétisation universelle est un facteur indispensable de développement économique et d'intégration sociale.

L'organisation

Taghyeer est une organisation non gouvernementale jordanienne qui cherche, à travers divers programmes, à promouvoir, former et encourager les femmes, les jeunes et les enfants dans les domaines de l'éducation (notamment de l'alphabétisation), de l'entrepreneuriat et de la santé. Son objectif est de les encourager à changer d'attitudes et à devenir des citoyens responsables qui maîtrisent mieux leur vie. Le modèle WLR (We Love Reading) a été conçu en Jordanie et s'est répandu, depuis, à d'autres pays, en majorité arabes. Rana Dajani, initiatrice du programme, est maître de conférences et ancienne directrice du Centre d'études de l'Université Hachémite de Jordanie.

Présentation générale du programme

Le programme WLR cherche à influencer positivement les enfants, les adolescents et leurs familles, en Jordanie comme dans le reste du monde arabe, en façonnant une génération d'enfants amoureux de la lecture. Pour y arriver, il envisage d’ouvrir une bibliothèque dans chaque quartier de Jordanie, avec l'appui de femmes formées par Taghyeer à lire des livres à des enfants de quatre à 10 ans en utilisant des textes adaptés à leur âge. Par ailleurs, le programme WLR cherche à promouvoir la lecture à plus grande échelle, en changeant les attitudes et en encourageant le bénévolat parmi les personnes plus âgées.

Le programme cible les enfants, les adolescents (15 à 24 ans), les adultes, les familles, les femmes et les filles, sans oublier un grand nombre de minorités et de personnes défavorisées : enfants déscolarisés, chômeurs, pauvres ou minorités telles que groupes ethniques, migrants et nomades, mais aussi réfugiés, communautés religieuses et prisonniers. Pour l'ONG, la lecture est une valeur partagée et un moyen de réaliser l'objectif commun de mobiliser les adultes (en tant que lecteurs bénévoles) et les jeunes enfants (en tant que participants aux séances de lecture) et de leur faire comprendre qu'ils sont responsables de leur existence. D’où son approche consistant à investir dans le renforcement des capacités des jeunes générations pour jeter les bases du développement personnel futur. Le programme WLR anime une page web, qui sert de plateforme pour accompagner la dissémination du modèle à d'autres régions (http://www.welovereading.org/).

Buts et objectifs

Objectif principal :

Objectifs :

Mise en œuvre du programme

Introduction

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La « bibliothèque » comme environnement d'apprentissage est ouverte dans un espace public couramment utilisé. L'emplacement doit être facile d'accès pour les enfants du quartier. C'est pourquoi les mosquées et autres centres communautaires ont été choisis pour abriter les séances de lecture. La collection de livres est composée des ouvrages que l'organisation a pu obtenir auprès de particuliers ou d'organisations. Les enfants adorent écouter la même histoire encore et encore. Une séance de lecture est organisée tous les weekends. À la fin, les enfants emportent les livres pour les lire à la maison. Ensuite, ils les ramènent pour que d'autres camarades puissent les emprunter.

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Les mères participent au programme WLR. Elles soutiennent les lecteurs en assistant aux séances de lecture à la mosquée et en lisant à leurs enfants à la maison. Certains enfants tirent leurs parents du lit pour les obliger à assister à une séance de lecture, ce qui aide à stimuler une attitude positive des parents envers la lecture.

Livres lus aux enfants

Les livres lus aux enfants sont écrits en langue maternelle et reflètent la culture des enfants. Autrement dit, il s'agit d'histoires faciles à comprendre, qui montrent aux enfants comment cultiver une attitude positive et appliquer des leçons de bonnes pratiques au quotidien, qui seront transmises, on l'espère, aux parents et à la communauté. Par exemple, lorsqu'une mère lit à son fils l'histoire d'un garçon qui économise l'eau puis se met elle-même à en gaspiller, son fils lui rappellera qu'elle vient de lui lire une histoire qui recommande d’économiser la ressource. Tous les livres racontent des récits fictifs adaptés à l'âge. Des études récentes montrent que les adultes qui lisent de la fiction littéraire ont plus de compassion que ceux qui n'en lisent pas ou ne lisent pas du tout (Bal et Veltkamp, 2013 ; Kid et Castano, 2013).

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En plus des séances de lecture, les enfants s'adonnent à des activités en rapport avec les récits qui leur sont lus. En partenariat avec l'organisation caritative américaine ECODIT, financée par l'USAID, l'ONG est en train de préparer d'autres récits sur l'environnement et l'économie d'eau et d'énergie pour la Jordanie.

Recrutement et formation des bénévoles

Les bénévoles de WLR peuvent assumer divers rôles tels que celui de lecteur, de promoteur de la lecture, de responsable de bibliothèque ou d’organisateur d'autres activités de vulgarisation. Les parents aussi s'impliquent en lisant à leurs enfants. Ils sont considérés comme des bénévoles s'ils assistent aux séances de lecture de WLR et lisent à leurs enfants les livres qu'ils empruntent.

Atteindre les lecteurs bénévoles

La première étape du processus consiste à recruter les candidats ou candidates de tout âge qui remplissent les critères. Le recrutement est annoncé verbalement ou via les organisations de jeunes ou de femmes, le site web du programme, les réseaux sociaux, les événements publics, etc.

Critères de recrutement des lecteurs bénévoles

Les bénévoles ne sont pas tenus d'avoir fait des études poussées. Mais, ils doivent aimer les enfants et la lecture et être disponibles et motivés. Cela suppose la capacité de manifester une attitude responsable, passionnée et dévouée vis-à-vis du travail. Ils doivent aussi résider dans le même quartier que les familles afin de gagner leur confiance.

Contenu de la formation

Taghyeer se charge de la formation des bénévoles. Organisée trois fois par an, elle dure deux jours et porte sur le renforcement des capacités dans divers domaines, dont l'enseignement, la communication, le renforcement de l'assurance et les aptitudes relationnelles. Les participants apprennent également à gérer le temps, à planifier et à s’organiser financièrement. Ils apprennent à créer et gérer une bibliothèque, mais aussi à lire en public.

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La formation en leadership couvre des thèmes spécifiques comme l'alphabétisation et le calcul de base, l'alphabétisation avancée, les compétences de la vie courante, l'alphabétisation familiale, l'apprentissage intergénérationnel et le genre, mais aussi la promotion d’un environnement alphabétisé et du développement communautaire durable. Un cours sur la réflexion créative et la gestion du temps encourage la tolérance d’autres points de vue et visions de la vie. Il enseigne à formuler des arguments persuasifs pour défendre un point de vue et à accepter la critique de façon positive et à participer aux débats organisés pendant la formation.

Méthodologies de formation

Un curriculum et un manuel conçus localement servent d’orientation aux animateurs de la formation en leadership. Les bénévoles sont formés par l'initiateur du programme, assisté d'un formateur professionnel spécialisé en lecture de livres en public.

La formation est hautement interactive et inclut des débats et des présentations sur le rôle dirigeant de la femme dans la communauté, mais aussi sur des exercices visuels et de respiration. Les participantes s'exercent à lire les unes aux autres. Il s'y ajoute une formation à l'expression publique, au contact visuel, à l'élocution et à la gestuelle. Les femmes sont invitées à travailler en équipes pour partager des points de vue, des opinions et leurs besoins et à rechercher ensemble des solutions. La compassion, le respect et l'acceptation de l'autre sont les valeurs fondamentales transmises lors de la formation. Elles permettent aux femmes d'enseigner des approches respectueuses et inclusives de la discussion. Par exemple, en cas de désaccord sur un point de vue, on peut encourager la contestataire à essayer de comprendre le passé de l'autre et à respecter la différence d'opinions. Une telle attitude favorise l'inclusion et l'acceptation de l'autre entre stagiaires qui, à leur tour, deviennent des modèles pour le reste de la société. L'effet multiplicateur est obtenu grâce à la formation des paires puisque les femmes leaders bénéficiaires de la formation sont invitées à transmettre leurs connaissances à d'autres femmes. Il en va de même avec les nouveaux bénévoles. Ce processus assez efficace permet de réduire les coûts et de former plus de bibliothécaires.

Après trois mois d'application du modèle, les lecteurs sont évalués sur la base de leurs réflexions personnelles et du partage de leurs journaux privés au cours d'une journée de réunion. À la fin de la formation, ils reçoivent un certificat. Aucun examen n'est organisé, ni avant ni après leur sélection.

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Frais de formation

Taghyeer offrait des formations gratuites. Mais, à la fin, certains bénéficiaires renonçaient à devenir bibliothécaires. Afin d'identifier les plus déterminés, l'organisation a rendu la formation payante et consacré les recettes à l'amélioration de l'efficacité du programme, générant à terme des bibliothèques de meilleure qualité.

Suivi et évaluation du programme

Chaque lecteur doit répondre à une enquête annuelle, qui inclut des statistiques sur le nombre de participants, désagrégés par sexe, le nombre de récits lus, mais aussi sur la fréquence et la durée des séances. L'impact du programme sur le changement de comportement est en cours d'évaluation en collaboration avec l'USAID et l'Université de Chicago. Les progrès sont suivis aux niveaux local, régional et international sur la base d'une évaluation et des rapports des lecteurs bénévoles, qui tiennent un journal privé et partagent leurs réussites et défis sur Facebook (https://ar-ar.facebook.com/WLReading). Le feedback pendant et après la formation est intégré au programme de formation et exploité dans le but d'améliorer le processus et d'éliminer les aspects superflus pour parvenir à un programme plus simple et efficace. L'impact du programme est évalué au moyen d'études qualitatives, dont les discussions thématiques et les entretiens avec les parents, les enfants et les lecteurs. Les membres de WLR organisent aussi des visites dans les bibliothèques, où ils prennent des photos et interrogent les bénévoles, les parents et les enfants. Actuellement, WLR conçoit une plateforme de suivi et évaluation des bibliothèques existantes en collaboration avec l'Université de Columbia.

Avec le concours d'un spécialiste de l'éducation de l'Université Hachémite, WLR a publié un rapport sur l'impact de la lecture sur le changement de comportement des enfants. Une autre étude montre une amélioration de 84 % des aptitudes en leadership et en entrepreneuriat social chez les adultes qui ont participé à la formation et à la mise en place d'une bibliothèque WLR dans leur quartier. Une étude en cours, initiée par WLR, examine l'effet de la lecture sur la compassion chez les enfants.

Aucune évaluation qualitative de l'amélioration du niveau d'alphabétisation des participants n'a été effectuée. WLR mesure son succès en termes de nombre d'enfants prenant part aux groupes de lecture. Grâce aux entretiens avec les enfants, WLR a découvert que les séances de lecture ont un impact durable sur les jeunes gens et influencent leurs décisions à l'âge adulte.

Impact et défis du programme

Impact et réalisations

Reconnaissance internationale

Le programme s'est étendu à 14 pays (Allemagne, Arabie saoudite, Azerbaïdjan, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Liban, Palestine, Malaisie, Mexique, Ouganda, Thaïlande, Tunisie et Turquie), touchant 100 000 bénéficiaires dans le monde.

Impact sur les enfants

Les enfants bénéficiaires ont acquis la culture de l'écrit. Autrement, ils discutent et se recommandent des livres et des auteurs. Ils continuent à lire, et les parents affirment que leurs enfants ont plus d'assurance, obtiennent de meilleurs résultats scolaires et préfèrent acheter et lire des livres que d'acheter des jouets. La plupart des enfants reconnaissent et savent citer des noms d'écrivains sans l'aide de leurs parents. Le programme les encourage à appliquer leurs aptitudes en lecture dans la vie quotidienne après la formation. Même après avoir cessé d'assister aux séances, les enfants âgés restent des lecteurs. Le programme stimule également la créativité, en particulier chez les filles.

WLR a distribué des livres en anglais dans différents quartiers. Dans les quartiers dépourvus de bibliothèques, qui n'ont pas bénéficié des séances de lecture régulières, les enfants n'ont pas lu les ouvrages reçus car le livre les intimidait et la lecture leur apparaissait comme un fardeau. À l'inverse, dans les quartiers dotés d'une bibliothèque, les enfants ont lu les livres avec enthousiasme, signe de succès du programme.

Impact sur les individus et la communauté

En Jordanie, la lecture en dehors des contextes académiques ou religieux a toujours été considérée comme ennuyeuse ou une perte de temps. Le programme WLR démontre l'importance de la lecture, y compris en tant que loisir. Avec le temps, la communauté aussi se met à investir dans des collections de livres, à promouvoir l'achat de livres et à s'approprier la bibliothèque. Rien qu'en Jordanie, WLR a formé 700 femmes, créé 300 bibliothèques et eu un impact direct sur 10 000 enfants (dont 60 % de filles) et atteint indirectement 50 000 autres personnes (janvier 2014). L'impact global sur le développement social est incommensurable. Toutefois, les entretiens avec les enfants et les évaluations qualitatives, menées en collaboration avec l'Université de Chicago et l'USAID, ont montré que l'attitude des jeunes participants envers le livre a changé en peu de temps et qu'ils apprécient la lecture et grandissent dans le respect, voire l'amour, du livre et profitent véritablement de la bibliothèque.

Impact sur les garçons et les hommes

Les garçons qui ont participé aux séances de WLR apprennent à respecter la position dirigeante des femmes. Pour WLR, l'autonomisation des femmes suppose qu'il faut non seulement les éduquer, mais aussi sensibiliser les hommes à l'intérêt de les soutenir et de les encourager. Ce modèle innove en ciblant également les garçons en vue d'en faire des fils, des maris, des frères et des pères solidaires.

Impact sur les parents

Le modèle a un impact direct sur les parents qui assistent aux séances de lecture. Grâce aux activités de WLR, ils ont compris l'importance de lire à leurs enfants.

Impact sur les femmes et les filles

Chaque femme responsable d'une bibliothèque et de séances de lecture devient une partenaire au développement du programme. En conséquence, la population commence à respecter les femmes et à soutenir leur rôle de leader. Elles sont acceptées dans les mosquées comme médiatrices d'une alphabétisation avancée. Les réfugiées palestiniennes affirment que les hommes de leurs quartiers les ont soutenues dans leur nouvelle fonction de responsabilité et que la population a compris qu’elles pouvaient changer leur communauté. La formation aide les jeunes femmes leaders à regarder leur environnement d’un œil critique, à identifier les problèmes de leur communauté et à proposer des solutions. Par exemple, dans un quartier, les femmes ont transformé le mode d'élimination des ordures en créant un tas de compost qui leur a permis de faire des économies. Les femmes âgées qui participent au programme éprouvent un sentiment d'épanouissement, car elles ont quelque chose à donner à leur communauté. L'une d'elles, dont les enfants sont des adultes, se dit plus heureuse et comblée grâce à la lecture aux enfants de la communauté.

Les femmes acquièrent également des connaissances en lisant d'autres textes que les livres pour enfants. Les aider à assumer leur leadership joue un rôle important dans les processus décisionnels communautaires. Cela induit le changement et peut être perçu comme un impact à long terme du programme. De même, le programme façonne une génération de filles qualifiées et créatives, qui deviendront à terme des mères autonomes, tout en encourageant chez les femmes le bénévolat, l'indépendance et le plaidoyer et en redéfinissant leur rôle, leur sens de l'appropriation et le respect qui leur est accordé.

Défis

Avoir accès à la population à la base constitue le plus gros problème pour la plupart des projets de sensibilisation intervenant dans les pays en développement. De toute évidence, il est impossible d'apprendre à tous les parents à lire à leurs enfants et à cultiver la passion de la lecture, mais WLR utilise l'approche communautaire pour renforcer les capacités d'un lecteur par quartier, en s'assurant qu'à terme la passion de la lecture est transmise à la génération suivante. La lecture est un moyen d'aider les enfants à devenir des penseurs indépendants et à comprendre qu'ils peuvent apprendre des autres tout en restant fiers de leur culture et de leur patrimoine.

La levée de fonds et la recherche de livres adaptés aux enfants a été un autre grand défi de ce programme. Les livres sont achetés à l'aide des subventions ou offerts par d'autres organisations. WLR les vérifie un à un pour s'assurer qu'ils conviennent pour les enfants et sont de haute qualité.

Au début, il était difficile de convaincre la communauté de l'impact positif du programme. Avant le démarrage des séances de lecture, les enfants étaient réticents car, à leurs yeux, WLR n'était qu'un simple programme éducatif. Après avoir écouté et apprécié les histoires, ils sont devenus plus assidus et ont commencé à venir avec leurs amis et proches. Avec le nombre croissant d'enfants qui assistent aux séances de lecture, WLR a sans cesse besoin de nouveaux bénévoles. Mais, il est difficile d'en recruter. Avant le début de la formation, beaucoup de participants ont des lacunes en lecture. WLR les aide à s'améliorer dans ce domaine. Les bénévoles doivent avoir le sens du devoir et s'exercer à lire des livres pour enfants en famille ou avec des amis avant les séances de lecture. La stigmatisation liée à l'analphabétisme reste un autre défi.

Innovation

Le modèle WLR innove à plusieurs niveaux :

  1. Le conte est profondément ancré dans la culture arabe. WLR adopte une approche systématique en s'appuyant sur cette tradition pour encourager la pratique de la lecture ;
  2. L'idée d'implication communautaire et de bénévolat est un concept nouveau pour les pays membres de la Banque islamique de développement (BID), en particulier pour les femmes ;
  3. Le modèle sert aussi de plateforme de diffusion des programmes de sensibilisation sur l'hygiène, l'économie d'énergie et d'eau, etc. ;
  4. Les études ont montré qu'une mère peut inculquer de bonnes habitudes à son jeune enfant (par exemple, en matière de santé et de protection de l'environnement) en lui lisant régulièrement des livres ;
  5. Le modèle WLR est également unique en ce sens qu'il est durable grâce à la gestion des bibliothèques par des femmes. D'où le mérite qui est attribué à celles-ci plutôt qu'à WLR. Cela autonomise les femmes et les aide à avoir raison de la mainmise masculine sur les mosquées en assumant un rôle de premier plan dans la gestion des bibliothèques des mosquées.

Leçons apprises

Pour WLR, toute personne qui crée une bibliothèque l’aide à promouvoir le modèle en partageant son expérience personnelle. Au fur et à mesure que le programme se développe, l'aspect entrepreneuriat social de la formation gagne en importance.

Pour WLR, la fourniture de livres et la lecture constituent une base importante pour améliorer l'alphabétisme. Toutefois, la clé d'un meilleur niveau d'alphabétisation réside dans le renforcement des capacités en lecture et les expériences de narration de contes.

Pour les bénévoles, c’est devenu une nécessité de raconter les expériences acquises lors des séances de lecture. Une plateforme Facebook sert d'outil pour un tel échange entre ces bénévoles éparpillés un peu partout. Elle leur permet de présenter des idées et suggestions, mais aussi d'identifier rapidement les aspects à améliorer.

Pérennité

Certaines activités, comme les services de formation, la vente de livres ou la collecte de fonds, sont menées en vue d'assurer la viabilité financière du programme. Les responsables des mosquées ont donné de l'argent pour l'achat de livres pour les bibliothèques. Le renforcement des capacités au niveau local rend le fonctionnement du modèle peu coûteux. Le programme s'appuie sur les ressources locales telles que les bénévoles, les espaces de lecture et les livres au lieu de dépendre de ressources et d'idées externes. La communauté locale devient, de ce fait, partie prenante de la réussite de la bibliothèque.

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L'approche de WLR est facile à reproduire, notamment en zone rurale, puisqu'il suffit de réunir une poignée de critères tels que la présence d'un lecteur formé, une petite collection de livres, un endroit confortable et des participants enthousiastes.

Par ailleurs, WLR a noué et entretient des partenariats divers et variés aux niveaux local, régional, mais aussi international. Afin de promouvoir le modèle WLR, l'organisation a noué des relations multipartites en collaborant avec des entreprises locales et privées et avec le gouvernement. En outre, le modèle est adopté dans les camps de réfugiés syriens en Jordanie pour non seulement cultiver l'amour de la lecture chez les enfants, mais aussi pour les aider à faire face aux frustrations et aux difficultés de la vie des camps. Les bibliothèques disposent d'un réseau de communication entre bibliothécaires et responsables de camp et offrent un espace de contact entre les personnes.

Sources

Contact

Rana Dajani
Fondatrice et directrice de Taghyeer
55 Abdel Hameed Badees, Amman, Jordanie
mailto.rdajani (at) welovereading.org
http://www.welovereading.org